L'angoisse de la polarisation sur internet

Petit (très long) disclaimer. "T'inquiète pas t'as pas besoin de te justifier", "Pourquoi tu t'énerves ? Personne t'a encore rien dit", "J'ai rien compris à ce que t'as écrit y'a trop de mots compliqués", les gars si c'est pour m'écrire des trucs comme ça... prenez plutôt ce temps pour demander à votre grand mère comment elle va. Ok ? Si votre grand-mère est plus en vie, prenez de votre temps pour faire une sieste et dire à votre famille que vous les aimez. 

Y'a deux types de personnes : celles qui ont envie de tester mes appuis intellectuels et ma maturité émotionnelle, qui ont envie de chercher la petite bête et qui vont lire, ET de l'autre côté celles qui me font confiance et qui s'en tapent et qui ont autre chose à faire de leur journée et qui vont pas lire. J'ai l'habitude de me faire polariser, bam : je polarise vos intentions ! ça fait mal hein ? C'est le p'tit chat qui mord ! ça va pas t'envoyer à l'hosto mais ça te fait mal au cœur, tu l'aimais bien le p'tit chat. Tu voulais qu'il reste sur tes genoux toute la journée sans bouger et sans broncher le ptit chat. Mais le p'tit chat a ses limites tu comprends ?

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La polarisation de tout le monde sur les réseaux en ce moment, me fait angoisser. 

Poser mes pensées à l'écrit, au cas ou, en cas de besoin, à disposition de ceux qui souhaitent me tester au lieu de leur donner une occasion de me prendre en étau dans une conversation creuse alors que je suis sous lexomil et que je fais des insomnies et que j'ai besoin de TRANQUILITé : ça, ça m'aide à calmer cette angoisse. 

Je suis le ptit chat noir qui est là posé sur le canap dans un coin allongé en mode semi vigilant (position brioche/monorail pour les connaisseurs), le ptit chat sur le canap qui a arrêté de ronronner parce que ça parle très fort autour, et si quelqu'un essaie de m'attraper pour me faire poser sur une photo je vais devoir donner un petit coup de dent pour rappeler que je suis un ptit chat vivant, pas une peluche inerte en acrylique. 

Cet article est froid, pas marketable, y'a pas vraiment d'images, c'est long et ouais : je m'en fiche !

Aller, je commence.

 

Hum, hum (raclement de gorge en mode RP).

 

"Les vérités sont compliquées, les clichés sont stables". Orelsan a dit ça. C'est vrai, c'est bien dit. J'aime bien. Il a pas le monopole de l'idée cependant, il a pas inventé la roue non plus.

 

Hannah Arendt a écrit avant lui, en gros, que les clichés et formules toutes faites protègent l'esprit contre la sollicitation du réel. Penser la réalité demande d'accepter le doute et la confrontation avec des faits. 

Et Simone Veil a écrit avant lui que la "pesanteur" naturelle de la réalité nous fait choisir la facilité idéologique. Atteindre la réalité exige un effort d'attention exigeant et déstabilisant. (Hors sujet mais les gens qui viennent me dire que Simone Veil c'est "juste une hystérique satanique qui veut TUER DES BÉBÉS", ces gens-là, hard to swallow pill mais : vous avez arrêté l'école au portail. Vous maîtrisez pas votre sujet. Vos appuis littéraires et cognitifs sont fragiles. C'est pas grave, c'est ok, mais revenez me chercher des problèmes quand vous aurez lu des livres de plus de 100 pages ok ? J'ai pas le temps pour vous.)

L'état actuel du monde c'est : on communique via les réseaux sociaux où on doit faire des vidéos courtes de moins d'une minute, sinon on perd l'attention de l'audience. 

ET les crises et les problématiques sociétales fatiguent tout le monde : on a pas/plus l'énergie mentale pour nuancer, poser les choses et les analyser longuement. 

ET beaucoup d'individus se trouvent dans des situations d'urgence. Car ils sont au cœur de la violence, de la discrimination, de la détresse et utilisent des outils sensationnalistes pour crier au secours et secouer les gens pour les pousser à l'action, action urgente, action de l'ultimatum. Est ce qu'on peut les condamner pour cela ? Absolument pas. Cette agitation repose sur des réalités dramatiques.

De mon côté, comme pour beaucoup d'artistes indé qui travaillent en 2026, j'ai une présence sur internet pour parler de mon travail, et pour chercher une audience qui aime mes projets artistiques et souhaite soutenir leur visibilité. J'essaie de gagner mon pain comme tout le monde. Je me permets d'essayer de le faire en faisant un truc que j'aime et que je maîtrise : la narration en texte et en dessins.

J'ai décidé de réduire la fréquence de mes posts et de désobéir sciemment à l'injonction de poster tous les jours, de poster beaucoup, de reposter plusieurs fois les mêmes choses... j'en ai marre déjà je peux pas tout faire en même temps, être artiste et être chargée de com à plein temps c'est hors de question et ensuite et surtout, je crois que cette façon de faire ne peut plus fonctionner à l'ère où les plateformes sont saturées. Le disque est rayé, faut changer de stratégie.

Je clarifie ma position nuancée et modeste (modeste dans le sens pas ambitieuse, pas dans le sens "je suis quelqu'un de meilleur que tout le monde") dans ce contexte de crise économique et sociale qui existe en France ET dans le reste du monde. 

Je suis apolitique dans un sens : je ne vote pas. Je ne soutiens pas de parti politique. Je ne m'identifie pas à des mouvements dits politiques. Parce que c'est ma lecture idéologique du monde mûrement réfléchie qui produit cette décision, et cette lecture, je ne la livre réellement qu'en privé et dans la vraie vie ; pour la simple et bonne raison qu'est le titre de cet article : dès que tu t'exprimes sur internet, tu es automatiquement polarisé. Et j'ai pas le temps et l'énergie d'argumenter avec 1000 inconnus sur internet pendant des heures via des vidéos de 15 secondes et des espaces coms au nombre de caractères réduits.

Je ne livre mon idéologie qu'à des gens que je rencontre pour la première fois IRL, ou à des gens que je connais depuis longtemps. Parce que sur internet ; tout sera toujours décontextualisé, instrumentalisé, interprété via un prisme de victimisation.

Je répands jamais mon idéologie sur internet, ni en dm, ni publiquement. Parce que ça sera toujours perçu comme un combat contre "les gens bien, ceux qui ont le courage de voter".

Je suis une femme blanche de classe moyenne, relativement privilégiée donc. Rien que la phrase que je viens d'écrire là : elle est hyper polarisée. Elle est hyper clichée. Elle a plein de failles, elle présente plein de dérives, plein de dangers, plein de défauts. Elle peut sonner syndrome du sauveur blanc, elle peut tout aussi bien sonner nationaliste qui se victimise, ou sonner tradwife qui se moque des femmes woke et féministes, les gens la lisent dans tous les sens. Alors que aucune de ces lectures clichées ne correspond à ce que moi, je pense réellement.

Mais le raisonnement systématique qui viendra ensuite c'est : tu te permets de pas voter parce que t'es privilégiée. Si t'étais en première ligne face aux injustices, tu lèverais ton cul de ta chaise et tu irais voter. 

Pardonne moi Angry Karen mais ; oui et non.

Oui en ce qui me concerne j'ai toujours eu à manger dans mon frigo et un toit sur ma tête, je rigolais aux blagues racistes de tonton et papa quand j'avais 12 ans, une fois j'ai dessiné une femme chinoise en lui faisant la peau jaune citron quand j'avais 15 ans et j'ai compris à quel point c'était grave que quelques années plus tard, j'ai été une personne arriérée oui, et je suis sûre qu'il reste des miettes d'obscurantisme en moi et que j'ai encore des progrès à faire, aujourd'hui je consomme du plastique quand je fais mes courses et je suis pas au courant de toutes les injustices que tu subis en temps réel, donc oui je suis mal placée pour passer pour quelqu'un de tout lisse tout gentil qui fait tout parfaitement et qui connait mieux la réalité que toi. Je suis pas le personnage principal du manga shonen qui va sauver et réconcilier toute la terre. Ça c'est dit. T'es chiche de tomber le masque toi aussi et de me raconter tous tes dérapages passés parce que t'en as forcément eus, sur un sujet ou un autre ? Pas sûre que tu sois chiche. 

Non c'est pas uniquement les postures privilégiées qui produisent certaines formes de neutralité politique et de pacifisme interprété comme de la passivité. J'en connais des gens qui partagent mon idéologie alors qu'ils savent exactement ce que ça fait, d'être en première ligne face aux discriminations, à la pauvreté et à la violence. Ça existe Angry Karen, ça existe. Mais ils ont pas forcément une forte présence sur internet, ils mènent leur combat discret et courageux en dehors de ton champ de vision. C'est tout. 

Ça invalide pas le courage de ceux qui prennent la décision de militer, de voter, de bousculer le monde ; je me risque pas à essayer de décrédibiliser les convictions, les intentions et l'humanité de ces gens. Beaucoup d'entre eux sont beaucoup plus intelligents et éduqués que moi. Je suis personne pour les attaquer, et face à beaucoup d'entre eux, je me sens toute petite.

Ce qui me blesse, et surtout m'effraie et me décourage parfois d'exister sur internet (quand bien même j'en ai besoin pour gagner un peu d'argent et VIVRE en fait parce que pour ma génération c'est parfois aussi incontournable qu'avoir une carte d'identité), c'est quand ces gens ont l'air de prétendre que leur solution est la seule qui soit intelligente et que leur vision du monde est la seule qui repose sur des faits. C'est pas ta liberté de te positionner qui me dérange. C'est pas ta liberté d'expliquer clairement pourquoi tu penses que certains discours sont une menace pour ta sécurité et pour tes droits qui me dérange. Je tolère très bien quand on m'explique que la neutralité de vote donne du champ d'action à des partis politiques extrémistes ; c'est pas mathématiquement faux. 

Ce qui me fait flipper c'est que dès fois, tu as l'air de dire que tous les gens qui ne se positionnent pas exactement comme toi sont totalement indifférents ou sont forcément tes ennemis. Ça c'est terrifiant. Tu me fais peur là. Et tu me convainc pas du tout : tu me fais fuir. 

Je suis "politisée" dans un sens : en ce qui me concerne, mon refus de voter et de soutenir des partis politiques s'appuie sur une idéologie claire, et non sur la flemme ou la nonchalance ou la pression de papa maman tonton le voisin d'au dessus. Mon idéologie refuse de valider la guerre, le racisme, le sexisme, les injustices, mais elle modélise ses actions à plus petite échelle que toi, et en dehors d'internet. Mon idéologie consiste aussi à reconnaître que j'ai rien d'une héroïne, que je vais sauver personne et que j'ai pas à faire semblant d'être géniale ou parfaite pour me donner un genre. Mon idéologie agit dans ma vie de tous les jours, dans mes actions, mes paroles, et mes choix du quotidien. Mon idéologie ne m'empêche pas toujours de faire des erreurs et de dire des dingueries. J'ai besoin de constamment améliorer la façon dont j'applique mon idéologie. Mon idéologie n'est pas stérile, j'en suis très fière et je défends ma liberté de la vivre comme je le décide : mon idéologie n'agit juste pas de manière polarisée sur internet et dans les urnes comme TU le voudrais. Je comprends ta frustration, je la respecte, je t'agresse pas quand tu l'exprimes sur instagram, je commente même pas tes vidéos.

J'essaie pas de menacer et de détruire ton idéologie. J'essaie pas de pousser les gens à flemme et à l'inaction, de les dépolitiser à n'importe quel prix. La preuve : je m'exprime sur mon blog, c'est un espace très en retrait, qui est accessible si tu veux et qui ne s'impose pas à toi, avec autorité, dans ton feed. Si tu as lu jusqu'ici c'est que tu avais quelque chose à vérifier à mon sujet, pas parce que je t'ai harcelé•e pour que tu me lises ; tu captes la dynamique ?

Là où je suis ton "alliée" si tu veux bien tolérer ce mot, c'est que je relaie des infos, des critiques constructives, des démonstrations de la réalité, je les relaie quand elles ne sont pas étiquetées avec un candidat ou un parti politique.

Je relaie parfois des infos sur la contraception, le greenwashing, la fragilité blanche, la réalité des violences policières ou de certaines guerres par exemple. Je la relaie discrètement et prudemment, et avant tout dans mes conversations privées avec mon entourage de la vie IRL du quotidien. 

 Quand je refuse de partager ton post hyper intelligent qui explique le racisme systèmique par exemple : c'est pas parce que je soutiens ou que je protège le racisme systémique. C'est parce que ton post est étiqueté avec le nom d'un politicien ou l'ultimatum "Va voter tout de suite sinon toute la misère du monde c'est ta faute et tu mérites qu'on te crache dessus." Point.

Donc, si tu es persuadé•e que ma non prise de parole publique et mon retrait par rapport à certaines thématiques et au vote c'est de la débilité, de la lâcheté, de la flemme... c'est que tu es pas juste en train d'user de ta liberté de te postionner ; tu polarises les autres sans les connaître. Tu mets tout le monde dans le même sac. Je comprends que c'est la colère et le désespoir qui te poussent à ça, et je valide totalement ces émotions parce que elles sortent pas de nulle part, tu les as pas inventées pour te donner un genre, tu aurais préféré vivre sans. C'est le comportement de culpabiliser et d'accuser et de polariser ceux qui t'entourent qui honnêtement, me fait flipper. Je t'empêche pas d'avoir ce comportement.  Simplement en ce qui me concerne : ça me donne pas du tout envie de te soutenir ou de relayer ta visibilité. 

Je fais cet article parce que, c'est hors de question que je fasse semblant de soutenir des partis politiques que je soutiens pas pour faire plaisir et jouer du violon pour ma commu qui est en partie woke et progressiste, ET c'est hors de question que je fasse semblant de pas remarquer que ma position apparemment neutre peut m'attirer l'amitié de gens avec qui j'ai ZÉRO envie d'être amie : les gens qui se moquent des féministes et leur coupent la parole, les gens qui méprisent et maltraitent les gens queer, les gens qui trouvent que le capitalisme et la colonisation et la méritocratie c'est génial et c'est viable, bref les gens qui aiment l'arrogance et la violence et la coercition. 

En fait les gars mon idéologie c'est que je suis pas en guerre contre des gens et des étiquettes ; je suis en guerre contre la violence et l'orgueil en soi. Et la violence et l'orgueil, ça existe... chez tout le monde et dans toutes les communautés. Absolument. Et je lutte déjà à l'intérieur de mon propre esprit, et dans mon quotidien. J'ai déjà tellement de travail à faire sur moi même. Pour changer le monde : pardon mais on repassera. Je suis pas qualifiée pour ça. Si t'es pas content, c'est ok, mais ne viens pas mettre le feu à mes plates bandes c'est tout ce que je te demande.

Dans mon espace à moi, mon compte insta, mon site, y'a des dessins, y'a des personnages, y'a des idées, y'a des vannes, y'a des bouts de chaînes d'informations sur des actualités et des dysfonctionnement de notre monde, y'a pas de déni de la dure réalité, mais juste, que ce soit CLAIR : dans mon espace y'a pas de pub pour une enseigne ou une entité politique, ni officielle, ni officieuse. On revient sur mon droit moral sur mes œuvres d'art, tu sais le truc qui est accessoirement protégé par la loi en France ? 

Me rencontrer IRL pour parler de dessin, d'art, d'éthique, de croyances, en tout respect tout bien tout honneur avec un bâton de parole autour d'une tasse de thé et en déposant au préalable les armes à feu et les lames au vestiaire si tu en ressens le besoin : oui. Peut être. J'ai pas trop toujours le temps, j'ai des problèmes de santé et j'ai une vie déjà très remplie. 

Me considérer comme une alliée morale/éthique, humaine, empathique qui rejette l'homophobie, l'islamophobie, le sexisme, le racisme par exemple : oui.

Me considérer comme une alliée politique au sens de voix supplémentaires pour les urnes ou de copine pour venir aux manifs avec toi parce que tu vas aux manifs pacifiquement et que t'as décrété d'avance que ça correspond à mes convictions et que c'est ça ou rien : non. Fais un caca nerveux si tu veux. Je te respecte mais je suis pas à ton service.

Si tu veux essayer de me pourrir la vie pour me faire changer d'avis, tu vas juste... te décrédibiliser à mes yeux et en plus, perdre ton temps à faire du mal à quelqu'un qui ne menace pas et ne censure pas ta liberté et tes idées.

fin de l'article